Habib Diagne, l’homme qui veut alphabétiser les Enfants-Talibés

Avatar Moussa Ngom | 7 juin 2018 0 Likes 0 Ratings

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Une association de jeunes s’emploie depuis quelques mois à initier des « Talibés » d’un Daara rufisquois à l’alphabet français. L’objectif est de donner les moyens d’une réinsertion future à des enfants qui n’ont jamais été à l’école publique pour la quasi-totalité. Ses initiateurs comptent bien élargir et pérenniser le projet mais font face à des difficultés matérielles. 
« A…a, B.…b, C…c » l’alphabet français repris en chœur par les Talibés sous le regard de leur formateur brise le silence d’un coin perdu du quartier de Darou Rahmane.
Le programme du jour diffère des habituelles séances de mémorisation du Coran mais l’attention des Talibés assis à même le sol est tout autant à son comble.
Les seaux et autres récipients leur servant de sébiles sont bien rangés dans un coin de la salle. Les ardoises et cahiers ont pris le relais entre les mains des apprentis pour cette matinée.
 
« Il s’agit d’alphabétiser les enfants en langue française pour qu’ils sachent lire et écrire leur nom » selon Habib Diagne à l’origine du projet.
« On l’a initié car avec l’avancement de la société, les Talibés sont amenés à occuper d’autres fonctions dans la société et l’illettrisme peut être un facteur bloquant pour leur réinsertion future ».

 

Les premiers résultats de l’apprentissage sont remarquables à en juger les écritures griffonnées sur quelques-uns de la cinquantaine de cahiers des jeunes élèves répartis en deux salles suivant l’âge. Les cours n’ont pourtant débuté que depuis 2 mois à raison de six heures de cours par semaine.
« Au début c’était difficile de les initier dans une langue méconnue jusque là mais ils sont très éveillés. Il suffit juste d’un petit effort de notre part pour qu’ils y arrivent » témoigne Lamine Ndiaye. 
 
Rokhaya, Abdoulaye, Lamine et Fatou, tous jeunes étudiants d’une vingtaine d’années ont suivi Habib Diagne dans sa mission « d’ambassadeur des Talibés » comme certains le nomment ici.
 
La pédagogie articulée essentiellement en Wolof est originale et les plaisanteries par intermittence des formateurs contraste avec l’atmosphère traditionnelle des salles de classes.
« Il y a beaucoup de progrès qui ont été faits depuis le début parce que les enfants sont enthousiasmés par rapport aux études. Parfois ils sont déjà là avant l’heure en attendant qu’on commence » souligne le formateur en herbe ».
 

Ils ne sont pas les seuls, le responsable du Daara est tout autant concentré sur les quelques mots qu’il s’emploie à réécrire sur son cahier Le Maître du jour le supplée à sa position habituelle pour faire déchiffrer un à un les mots inscrits sur le tableau par chacun des élèves. 
« Il nous a été d’autant plus facile de commencer notre projet par ce Daara que le responsable a toujours émis le souhait de voir les enfants apprendre le français ».
« Certains responsables de Daara ont une crainte de l’éducation en français parce qu’ils pensent qu’elle pourrait prendre le pas sur celle coranique. Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’apprendre uniquement le coran avant de quitter le Daara n’est pas assuré. Il peut arriver qu’on ait à voyager ou à affronter le monde du travail il est difficile de s’imposer sans avoir été à l’école ».
 
Si les membres de l’association ADSI-Taxawu Daara Yii comptent bien étendre leur action au maximum de Daaras, le défaut de moyens financier et matériel briment leurs ambitions.
 
A l’heure actuelle, le projet repose essentiellement sur le volontariat de Habib et ses acolytes avec un appui de SOS Enfants Mendiants du Sénégal, une association bruxelloise.
Une prime de 15.00 FCFA permet d’assurer le transport mais la somme est souvent reversée dans l’achat d’accessoires pédagogiques.
 
Les formateurs avouent être obligés de faire avec les moyens du bord pour rassembler les fonds nécessaires à la poursuite du projet qui inclut des possibilités futures de formation professionnelle pour les Enfants Talibés.

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