La paix : et pourquoi pas les jeunes ?

Représentant 18% de la population mondiale, les jeunes ont longtemps été ignorés dans le processus de prévention et de consolidation de la paix à travers le monde. Sauf que constat a été fait du rôle majeur qu’ils jouent en période de conflit soit comme acteurs soit en tant que victimes. A cela s’ajoute l’enrôlement de plus en plus fréquent de jeunes aux groupes terroristes. Or selon l’Institute for Economics and Peace, en 2016 environ 408 millions de jeunes (âgés de 15 à 29 ans) vivaient dans des zones touchées par un conflit armé ou en proie à la criminalité organisée. D’autres études telles que le rapport sur les absents de la paix révèle aussi qu’en zone de conflit, – au moins un jeune sur quatre est touché d’une manière ou d’une autre par l’un de ces fléaux. Selon des estimations, plus de 90 % des personnes tuées directement par un conflit en 2015 sont des jeunes hommes (1).

La jeunesse africaine face à l’ « in »sécurité humaine

Le continent africain depuis 1998 fait face à une recrudescence de conflits à grande échelle. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle selon le rapport du Grip, – il abrite le plus grand nombre d’opérations de maintien de la paix (OMP) et de résolutions du Conseil de sécurité sur les questions de paix et de sécurité internationales(2).

En 2015, Mme Hiroute Guebre Sellassie envoyée spéciale du Secrétaire Général de l’ONU au Sahel soulignait que 41 millions de jeunes étaient enclins à des risques de radicalisation ou d’immigration au Niger, Mali, Tchad, Burkina Faso et en Mauritanie. Et pourtant, environ 60% de la population africaine a moins de 25 ans (3). En chiffre, ce pourcentage avoisine les 200 millions d’habitants faisant de l’Afrique, le continent qui abrite le plus de jeunes au monde. Dès lors, la jeunesse africaine constitue un enjeu majeur dans la mesure où dans plusieurs pays il y a transgression de certains de ses droits parmi lesquels :

  • le droit au bien être ;
  • le droit à un travail et aux conditions d’emploi juste (art.23 DUDH) ;
  • le droit à la dignité et à la sécurité de la personne…

Avis partagé par Jean Jacques Konadjé (4) lorsqu’il met en garde sur l’insécurité humaine que pourrait constituer les préoccupations et angoisses auxquelles sont confrontés les jeunes africains. Il souligne également que le manque de repère, pousse les jeunes chômeurs ou sous-employés dans des guerres civiles surtout en Afrique. Ceci traduit en quelque sorte le désarroi de ces jeunes prêts à tout pour « réussir » car – environ 40% de ceux qui rejoignent les mouvements rebelles et terroristes sont des jeunes en manque d’emplois (5).

Il convient d’ajouter à ces défis, l’inefficacité des politiques nationales de la jeunesse destinées à un groupe hétérogène aux aspirations diverses.

Hormis ces différents aspects, le prince héritier Al Hussen Ibn Abdullah est revenu sur la vision erronée qui prétend que les jeunes seraient un groupe marginalisé alors qu’au contraire, ils sont activement recherchés. D’ailleurs, ils sont recherchés en raison de leur grand potentiel, de leur confiance en eux-mêmes et de leurs capacités à changer le monde. – Cela, les entrepreneurs de la violence en ont conscience et misent sur cette jeunesse confrontée au chômage (73 millions au niveau mondial) (6), à l’immigration clandestine, à la criminalité etc. Pour lui, la promotion de la paix et de la sécurité ainsi que la lutte contre l’extrémisme violent est l’affaire de tous et les jeunes ne devraient pas en être exclus. C’est d’ailleurs sous son impulsion que fut adoptée le 09 décembre 2015, à l’unanimité la Résolution 2250 sur la jeunesse, la paix et la sécurité par le Conseil de Sécurité des Nations Unies à sa 7573e séance. Elle a pour but d’inciter ses Etats membres à avoir une démarche beaucoup plus inclusive envers les jeunes dans les processus de prévention, de maintien et de consolidation de la paix et de lutte contre l’extrémisme violent. Autrement dit, que ceux-ci travaillent non pas pour les jeunes mais avec eux : une collaboration.
Qu’est-ce donc la résolution 2250 ?

La résolution 2250, un trésor enfoui

A l’instar de la 1325, les jeunes disposent désormais d’une résolution pour et par eux. Celle-ci est la base de l’implication des jeunes dans le processus de paix et sécurité et du développent dont ils sont indissociables.
Selon Christophe Barbey (7), la résolution 2250 insiste sur la participation qui consiste à , exhorter les Etats membres de l’ONU à examiner : « les moyens permettant d’accroître la représentation inclusive, la participation active ou proactive, aussi complète que possible des jeunes et à tous les niveaux de décisions du local à l’international, aux décisions et processus concernant la prévention et le règlement des conflits, la prévention de l’extrémisme violent, le cas échéant en établissant des mécanismes internes permettant cette participation des jeunes ».
Ensuite, à toutes les parties à un conflit armé, elle rappelle ou appuie la protection conformément au droit international existant, en particulier dans les domaines de la protection des réfugiés, des droits humains et du droit humanitaire. Elle mentionne alors les besoins de protection particuliers dus aux jeunes, aux femmes et aux personnes handicapées donc les marginaux. La mention des jeunes ici est particulièrement importante, puisqu’elle consacre leur statut particulier et leurs besoins de protections spécifiques en cas de conflit armé.
Enfin, elle exhorte les Etats à la prévention de la violence et à favoriser la cohésion sociale en développant des politiques en faveur de la jeunesse qui renforcent les activités de consolidation de la paix, du développement économique et social, y compris localement en offrant à la jeunesse des perspectives d’emploi et de formation, mais aussi d’engagement politique constructif. Elle encourage l’interaction avec les organismes internationaux, régionaux et sous régionaux par le partenariat toujours dans l’optique d’une paix durable. Au sujet du désengagement et de la réintégration, il est question d’engager tous les acteurs de la planification d’opérations de désarmement, démobilisation et réinsertion à prendre en compte les attentes des jeunes touchés par des conflits armés (Offres d’emplois, cursus éducatifs adaptés et appui aux organisations de jeunes, etc.). Pour ce qui est de la lutte contre l’extrémisme violent, la résolution souligne l’importance de remédier aux conditions et facteurs menant à la montée de la radicalisation et de l’extrémisme violent chez les jeunes et note le rôle que peuvent jouer les jeunes hommes et femmes en tant que modèles positifs dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent.

Aujourd’hui, très peu de jeunes ou d’organisations de jeunes voire même certains gouvernements, organisations de la société civile et la presse ont connaissance de l’existence de cette résolution qui constitue le pilier du rôle que devrait jouer les jeunes faces aux nouvelles menaces sécuritaires. Qu’en est-il des agendas 2030 et 2063, de la charte Africaine de la jeunesse, de la politique de la CEDEAO pour la jeunesse et enfin de la résolution la résolution 2419 ?

Auteur : Rosalie ZOBO alias Nandrey, Analyste politique junior sortie de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Titulaire d’un master 2 en études Internationales. Elle évolue en freelance et s’intéresse particulièrement aux questions relatives à la paix, la sécurité, les droits humains, et la bonne gouvernance.
Nandrey 225@gmail.com
(00221) 771806903

1 Simpson Graeme, Les absents de la paix : étude indépendante sur les jeunes et la paix et la sécurité, mars 2018.p.5.
Voir Institute for Economics and Peace, Data for Youth, Peace and Security : a Summary of Research Findings (à paraître).
2 Cramer Ben, Rapport du GRIP : L’Afrique des minerais stratégiques–du détournement des richesses à la culture de la guerre, 2018. p.10.
3 UNFPA, le Pouvoir du CHOIX : les droits reproductifs et la transition démographique, Etat de la population
mondiale 2018. p.44.

4 https://www.diploweb.com/Etre-jeune-en-Afrique-Geopolitique.html consulté le 17/03/2019
5 Idem.
6 https://www.un.org/press/fr/2015/cs11872.doc.htm consulté le 25/03/2019
7 Barbey Christophe, « La résolution 2250 du Conseil de Sécurité sur « La jeunesse et la paix », Présentation
générale et vision future, CREDESPO, Université de Bourgogne2, 2016, p.1-20.

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