Le mois de Décembre a été marqué par une série d’inaugurations, une parade au Groupe consultatif de Paris et des visites folkloriques de chantiers, achevés ou non, par le Président Macky Sall.

Dans cette euphorie (justifiée ou non mais là n’est pas l’objet), la télévision publique s’est encore plus distinguée dans l’enjolivement extrême des actions du gouvernement avec le clou du nocturne et interminable direct de la visite au Ranch de Dolly.

Rien de choquant pour un « Média d’État » sauf que la RTS n’était aucunement censée finir par en représenter un dans l’imaginaire populaire à moins de trahir les textes lui enjoignant de « contribuer à satisfaire les besoins et aspirations de la population en ce qui concerne l’information, la culture, l’éducation et le divertissement ».

Nul n’ignore que c’est le cas avec un contenu unidirectionnel affirmé depuis des années au profit de chaque régime.

J’en ai personnellement eu une preuve supplémentaire.

Il y a quelques mois, l’opinion exprimée face à des amis alors qu’il était convenu quelques minutes avant une interview sur le même sujet avec un journaliste de la RTS préparant son matériel l’avait subitement conduit à son changement d’interlocuteur après m’avoir entendu.

Son prétexte crûment affirmé était que mes propos n’étaient « pas en phase avec notre (RTS) ligne éditoriale ».

L’autre choisi dût me raconter le lendemain que son propos avait finalement été « violemment taillé » au journal du 20H. C’est dire.

Les chaînes publiques sont un excellent moyen de jauger l’instrumentalisation des moyens de l’État pour des considérations subjectives en Afrique.

Elles permettent de mesurer le niveau de confusion existant quant aux rôles des Institutions telles qu’elles peuvent s’illustrer lors d’une couverture par la télévision publique de la réception de (néo)militants au Palais de la République plutôt qu’au siège du parti et où l’hôte est présenté comme Chef de l’État plutôt qu’en Chef de parti.

J’ai d’ailleurs été surpris de lire dans le rapport de présentation du projet de loi portant création de la société nationale RTS en 1992, ce compte-rendu des excuses du Ministre de la Communication devant la Commission de l’information pour des reportages d’agents concernant des membres de l’Assemblée Nationale.

Le Ministre s’était par la suite engagé devant les parlementaires à ce qu’« un traitement plus digne soit réservé à l’institution ». Départ ne pouvait être plus mauvais.

Beaucoup d’hommes politiques ne lésinent pas sur les moyens pour parfaire leurs apparitions à l’écran.

L’image si elle ne démontre pas forcément, montre. Son pouvoir dans la constitution de l’imaginaire collectif est non négligeable et explique peut-être cette absence de priorité donnée par l’Etat à l’Agence de Presse sénégalaise ainsi qu’à la Radio nationale dans une moindre mesure .

Or, le reflet que donne à voir la télévision nationale en tout temps est celui d’un Sénégal mirifique d’une population au discours uniforme quitte à ce que le média en question passe outre ses obligations les plus élémentaires « d’équité envers toutes les couches sociales » comme le relevait brillamment la députée Sokhna Dieng Mbacké.

On aurait été ravi si les conclusions du séminaire des cadres de la RTS recommandant entre autres de consacrer :

le respect du pluralisme de l’expression des courants de pensée et d’opinion

le respect de l’accès pluraliste des formations politiques, des syndicats et des organisations de la société civile à l’antenne

connaissaient un début d’application depuis 2017.

Or les profils se succèdent et se ressemblent comme sur le plateau de l’émission « Le Point (sur les projets du Gouvernement) ».

C’est pour ces raisons primordiales que la solution à cet état de fait qui n’a que trop duré doit être évoquée comme point programmatique dans la prochaine campagne électorale.

Le Président Macky Sall l’avait déjà promis ou sous-entendu avant de se complaire dans le traitement actuel de son image, tout comme d’autres. Il serait naïf d’attendre une soudaine prise de conscience de sa part mais il est encore permis d’espérer l’entendre positivement sur cette question en vue d’une réélection.

De même, tous les autres candidats doivent aussi affirmer leur position vis-à-vis des réformes à mener au moins dans le mode de désignation du Directeur Général pour à minima obtenir un premier gage de neutralité.

La solution n’est malheureusement que contextuelle, car aucun DG fut-il maire et partisan ne devrait être assez puissant pour imposer la conduite d’une rédaction forte et consciente de ses responsabilités.

Or, plus d’une fois ont été aperçues les manifestations de sa municipalité au journal de 20h sans que ne puisse en être compris le soudain intérêt sélectif si ce n’est la position de l’édile dans la hiérarchie du média.

Les journalistes membres de la rédaction de la Télévision, en accord, comme l’a magnifiquement montré Thierno Amadou Sy ou en désaccord non explicite avec la démarche générale sont donc complices qu’ils le veuillent ou non.

Non pas pour avoir agi comme certains de leurs pairs distingués dans leur pratique laudative mais de s’auto-censurer, de ne pas prendre d’initiative forte et d’attendre une distinction par les téléspectateurs de leur travail singulier dans la grisaille propagandiste.

Les rares téléspectateurs ayant la patience d’attendre passer les traditionnelles séquences dédiées au Président et accessoirement aux activités du Gouvernement savent que parfois, des formats riches se déploient juste après mais ressemblent plutôt à des brindilles dans la forêt de propagande qui les assaille dès les longues premières minutes du journal télévisé.

Cette lueur qui permet d’espérer n’est pas suffisante car il ne peut en être autrement.

Les garanties de stabilité, qui pourraient expliquer la passivité du personnel de la RTS, enviées par beaucoup dans le milieu médiatique sénégalais où règne la précarité sont des conditions de travail comparativement excellentes qui peuvent un tant soit peu contribuer à une mission d’information de qualité mais, plus que tout, diversifiée.

On aura beau insister sur le « professionnalisme » des confrères qui y sont ou y sont passés, le journalisme n’est pas qu’une question de forme et Walfadjri, avec ses hauts et ses bas mais constante dans ses valeurs éditoriales qui inspirent le respect des populations, et ce, malgré les railleries en est une illustration.

La section syndicale sans prétention aucune quant à ma capacité à leur donner des leçons de journalisme qu’ils ont apprises bien longtemps avant moi, doit s’attaquer aux considérations qui peuvent fonder sa crédibilité.

Et non dans des réclamations d’ordre matériel grâce auxquelles bon nombre de personnes ont pu constater son existence.

Les exemples foisonnent.

Pas plus tard qu’il y a une semaine, la Société des journalistes de France Inter s’offusquait de l’interview dans laquelle la journaliste avait évoqué tout sauf les sujets susceptibles de fâcher son invité.

Il y a quelques semaine, ceux du Monde s’alarmaient de l’entrée dans le capital de l’entreprise d’un milliardaire tchèque aux intentions qu’ils soupçonnaient de nuire à l’indépendance de leurs productions.

La célèbre émission « Cash Investigation » continue de rehausser pour les Français la valeur de leurs redevances (à noter que la subvention de l’État sénégalais ne provient pas de la poche du dirigeant) en dévoilant continuellement les dessous des cercles de pouvoir y compris étatique.

Le talent journalistique existe sous nos cieux reste à rendre la Radio Télévision au Peuple Sénégalais.

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