Ce 3 Mai sera célébrée à nouveau la Journée Mondiale de la Presse. Comme chaque année, je me demande, mais avec moins d’ignorance qu’auparavant, comment d’aussi « noble » de travail au lieu de parades joyeuses et conférences de haute facture, couvertes par on se saurait qui d’autre d’ailleurs, songent à l’organisation de processions moroses pour réclamer l’amélioration de conditions de travail dont le qualificatif « précaire » est devenu désuet à force d’être rabâché perpétuellement.


Nouvelle journée de lamentations donc chez les Professionnels de l’information. Terrain délicat dans lequel il me semble avoir un pied mais son enlisement dès contact avec le sable mouvant sur lequel est tapi l’apparat du respectable « 4ème pouvoir » me fait ressentir l’envie de m’en détourner au même rythme que la désertion, par leurs membres, des Rédactions dès l’entrevue d’une moindre perspective de carrière plus reluisante. 

Je le sais, le sens, l’entends, le vois et le vis déjà par intermittence : c’est ce qui est rose qui est rare dans le Monde gris des Médias. Milieu opaque dont on ne parle presque jamais ou, devrait-on dire ironiquement, qui est paradoxalement sous-médiatisé.

Que d’atermoiements sur mon avenir dans un corps dont l’ultra-libéralisme m’empêche d’en saisir les contours. Ce, sans que la perche d’une définition claire ne me soit tendue par le Législateur. Que suis-je ? Aucun agrégat, aucun filtre, aucun pré-requis, aucune véritable norme pour m’aider à déterminer ma nature. Peut-être même est-ce parce que j’ai eu la chance de fréquenter une école et d’y suivre une formation (tout au moins digne de ce nom) que j’ose m’interroger parfois sur le bien-fondé de cette logique autodidactique à outrance qui sous-tend ce secteur, j’aurais moi aussi pu avoir la possibilité de me voir conférer une mention « Journaliste » dans une Carte de Presse grossière faite-maison.

Tout comme celle-ci j’aurais bien aimé avoir la légitimité pour défendre l’imprudent accusé de diffamation, soigner le traumatisme psychologique du calomnié, faire disparaître à coups d’algorithmes toute trace sur Internet et appareils électronique de cette fausse information… Cependant mes rêves d’une carrière d’avocat, médecin ou Ingénieur informatique ne sont noyés que par le flot de leurs contraintes objectives à l’intégration que je n’ai pu surmonter par mon cursus.
Est-ce véritablement un métier aussi sensible qu’on le réaffirme à chaque fois que de…. dérives si, dans cette profession, on peut « voir » pour peut-être « savoir» mais sans savoir ni avoir à apprendre comment faire pour le faire savoir ? 
Serais-je l’un de ceux à cause de qui ce groupe de jeunes discutant sur l’actualité raillent, les Journalistes, ces « menteurs » invétérés doués pour les fabulations et habiles détourneurs de vérités prompts à amplifier les contours d’un fait banal juste pour vendre leur produit commercial nommé à faux titre « Information » ? Sans que je ne puisse d’ailleurs objecter,  dans cet instant comme d’autres, qu’il s’agissait bien de la vérité ?
Freinerai-je ma fougue d’étudiant enivré par l’angélique senteur des principes d’éthique et autre déontologie inculquées pour me fondre dans la matrice d’une pratique véreuse dictée par l’esprit capitaliste du profit à tout prix ?Devrai-je réprimer mes pulsions de liberté pour ne marcher que dans le sillon sinueux d’une versatile ligne éditoriale obéissant à des intérêts subliminaux ? 
Garderai-je une « liberté de ton » grâce à l’Indépendance clamée d’un organe de presse privé mais retranchée des intérêts du Patron et de ses affidés ?
Atténuerai-je les bruits dissidents pour ne pas gêner la propagande d’un service plus gouvernemental que public ?
Écrirai-je pour remplir le vide d’un Journal qui ne croisera jamais le regard d’un chanceux alphabète mais pour qui la lecture est devenu un poids trop lourd pour les yeux ?
Ajouterai-je ma partition à l’hypertrophie d’un jeu politique peu rationnel qui étouffe, par son relai médiatique, un Public qui se délite de jour en jour sans qu’on n’en saisisse l’évidente explication ? 
Aurai-je les mains assez propres de sa salissure pour dénoncer les faits de corruption et crimes d’argent de leaders politiques ? 
Pourrai-je me permettre de ne pas relayer ces propos politiques malsains et ce débat de caniveau grâce auxquels demain le « produit » ne sera pas invendu ?
Echouerai-je dans ma prétention à participer au virage de la Presse classique vers le numérique pour finir par m’emmêler dans la Toile sombre et anarchique du Web sénégalais à grand renfort d’intoxications, titres racoleurs et travail journalistique peu poussé pour ne pas dire inexistant ? 
Enverrai-je ce curriculum vitae qui dormira dans les tiroirs sans avoir l’assurance qu’il y dort parce que ne retraçant pas des compétences ni expériences supérieures à celles d’autres que l’on me préférera ?  
Me prêterai-je à l’émulation d’une concurrence incongrue mais âpre avec animateurs reconvertis d’émissions ludiques ? 
Guetterai-je les annonces d’événements institutionnels peu intéressant d’organisations en quête de visibilité comme ceux que je vois attendre sagement dans un coin de la salle les «per diems » pour, qu’en sais-je, peut-être « humaniser » les gains qu’une Convention collective parfois royalement ignorée n’a pu leur garantir ? 
Serai-je ce « Nègre » stagiaire ou plutôt ce bénévole réduit à l’esclavage d’un groupe de presse qui lui demande plus que ce que, lui, ne peut réclamer comme rémunération ou plutôt ce pigiste comptant et choisissant méticuleusement les mots composant son article pour n’en gagner que des miettes ?
Abandonnerai-je à la moindre opportunité, comme mes aînés, cette profession qui ne me garantit ni assurance-maladie encore moins une carrière stable puisque les vagues d’un licenciement pour motifs cocasses est, paraît-il, monnaie courante ? 
Ou deviendrai-je cet homme affaibli, vieux avant l’âge par la force d’années de travail sans repos qui ne mettra jamais les pieds à l’IPRES pour cause d’une pension de retraite inexistante après des années de bons et pénibles services dans multiples Rédactions ?
J’aurais bien aimé étaler ma liste de mille et une craintes synonymes apparemment de mille et un maux de la Presse sénégalaise mais que ne peut, malheureusement, contenir ce texte de mille et un mots.
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