Par Mouhamadou Mansour Ciss, La Sankarette et Abdoul Ahad Fall

Avertissement : Nous ne généralisons pas. On ne généralise pas, par exemple, à chaque fois que nous parlons des Sénégalais. Nous sommes convaincus qu’il y a, parmi la masse de Sénégalais vivant ici ou ailleurs, de braves patriotes, d’honnêtes citoyens qui s’évertuent, par des actions et des paroles, à faire sortir le Sénégal du gouffre, à le rendre meilleur.

Et après ?

L’engouement que suscite l’élection présidentielle n’est plus à démontrer. D’un côté comme de l’autre, l’on pense qu’élire quelqu’un va engendrer, dans les semaines qui suivent, une avancée fulgurante du Sénégal. Or, l’élection est une chose, le développement de notre chère patrie est, bien évidemment, une autre. Il ne repose pas exclusivement entre les mains du futur occupant du palais Roume, l’avenir du Sénégal, même s’il ne fait l’ombre d’aucun doute que la personne du président de la République est aussi importante pour l’émergence du Sénégal comme l’est un parent dans l’éducation de ses enfants.

Au fond, il s’agira de démontrer qu’il est possible de mettre du bémol, de calmer notre joie, qu’il urge de penser autrement aux fins de tempérer cette euphorie car, elle peut déboucher sur des désillusions au contact des logiques du dedans, les réalités du pouvoir. Nous ne le souhaitons guère pour ce Sénégal, pour lequel nous vibrons de passion et d’amour. Le prochain président de la République, à lui seul, il ne peut pas développer le Sénégal. C’est ainsi que le peuple doit participer à l’effort national. On serait même tentés de dire que le développement de notre cher Sénégal repose essentiellement, mais pas exclusivement, entre ses mains et sur ses épaules.

Un messie, soit-il, celui qui sera porté au pouvoir, aura assurément besoin de compter sur un peuple prêt à l’accompagner sur tous les plans.

Donc, peuple, le « après », c’est nous !

Dans un premier temps, il est vrai que le président de la République doit faire sa mue. Il ne lui appartient plus de gérer le pouvoir présidentiel comme cela a été depuis notre accession à la souveraineté internationale. Même s’il lui est tout donné, le futur président de la République, un messie selon cette vague populaire, doit refonder l’institution présidentielle dans le sens de son adoucissement.

L’institution qu’il représente doit immanquablement percer le mystère sénégalais. Il doit, certes, renouveler ses apparats, mais, il doit nécessairement savoir ce qui repose entre ses mains, le destin de tout un peuple qu’il ne lui appartient pas, on le rappelle, à lui tout seul, de mener à bon port. Tel un refrain, il doit continuellement clamer, urbi et orbi, ces mots profonds tirés de notre hymne national, « Epaule contre épaule, mes plus que frères, Sénégalais, débout… »

Il doit être celui que les Sénégalais ont tant rêvé car, ayant tout, à sa disposition, pour impulser, diriger et manager. Le cadrage institutionnel le lui offre. C’est seulement, après quoi, que le peuple viendra à son chevet pour l’aider à construire le Sénégal de nos rêves. Sans cela, le messie qu’il est, telle une montagne, il accouchera d’une souris.

Dans un deuxième temps, on peut avoir les plus belles armes, mais, si on a des soldats peureux, la guerre sera perdue. On a beau élire l’homme kalos kagathos, si le peuple ne s’y met pas, le Sénégal sera comme une voiture garée sur une pente.

Sinécure, indiscipline, fainéantise… Voilà le virus qui gangrène le système immunitaire du Sénégal. D’ailleurs, il est atteint d’une sorte de maladie de la vieillesse : le mal se sent urbi et orbi.

Au fil des années, le slogan du Sénégal a changé. Auparavant, pays de la « Téranga », le Sénégal est devenu pays du « ndioublang ». C’est n’est pas un hasard, si l’élève Sénégal a pris une bonne place lors du concours des meilleurs corrupteurs africains : huitième ! Oui, il est dans la zone rouge selon l’ONG Transparency international ! Ça vous choque ? Attendons-nous au pire ! Notre fameux « gaal » va couler et sera englouti dans les eaux de la pauvreté et du sous-développement. Alerte, alerte, la menace est déjà détectée, le virus « comportement des Sénégalais » a atteint le système ; l’antivirus « changement de mentalité » doit être activé.

Le peuple sénégalais est en état de prostration. Le pays, en crise de citoyenneté, en crise de civisme, en crise de patriotisme, pique, en ces jours, une crise d’épilepsie risquant de le conduire, sous peu, à une crise cardiaque.

Le Sénégalais, cet étudiant, dont la bouche ne cesse de répéter, « c’est l’Etat qui paie », va, pour des questions de bourse, jusqu’à bloquer la route, faisant fi des cas d’urgence, endommager tous les édicules de la ville, triturer les bus qu’il va utiliser le lendemain pour aller en cours, casser les véhicules des personnes privées, pour ensuite aller dormir tranquillement sous ses deux oreillers sans vergogne et sans regret. Drôle d’avenir d’un pays !

Le Sénégalais, ce riche, prêt à déverser des millions dans des festivités, mais, incapable de subventionner le projet d’un jeune au chômage, ou bien, aider un malade cloué sur un lit d’hôpital par manque d’argent.

Le Sénégalais, ce citadin qui, un animal mort et putride devant sa porte, ne fournit aucun effort pour s’en débarrasser, mais, s’attend à ce que les autorités municipales viennent le lui enlever.

Le Sénégalais, ce policier, chargé de rétablir l’ordre, est le premier à transgresser la loi en fumant de la cigarette sur de la voie publique, au vu et au su de tous les autres sénégalais, obligés de se taire, de peur d’être victimes de la loi du plus fort.

Le sénégalais, l’enseignant vidé de son sacerdoce. Ô, savant de la réclamation, l’ignorant de ses obligations !

Le Sénégalais, ce fanfaron des produits importés, dont l’aversion pour le consommer local est une mode.

Le Sénégalais, ce drôle de patriote qui accepte d’être le spectateur de l’effondrement de son pays que ses ancêtres ont bâti à la sueur de leur front, de peur de se salir les mains.

Bref, chers lecteurs, la plume gémit, elle va se vider de son encre en voulant définir le Sénégalais d’aujourd’hui.

Désordonné, ce pays l’est : les poubelles sont des canaris, les jardins publics devenus des décharges, les égouts, obstrués, sont des poubelles, les murs sont les vespasiennes, la politique fréquente les familles religieuses, des trottoirs transformés en magasins ou parking. L’anarchie ! La méconnaissance de l’institution, la confusion entre liberté d’expression et liberté d’impolitesse. Hélas, ce décor désolant ne reflète malheureusement que le comportement pernicieux des Sénégalais. L’éveil des consciences devient plus que nécessaire. « L’homme est au début et à la fin de tout processus, si nous ne travaillons pas sur cet homme qui est chargé d’être au début du processus, nos efforts ne seront, peut-être, pas vains, mais, les résultats escomptés ne seront pas tels qu’ils ont été prévus », dixit le président Senghor.

Dans un dernier temps, les lignes qui précèdent prouvent à suffisance que la pièce maitresse du développement du Sénégal reste la population. C’est dire, qu’il serait naïf de croire qu’un bon président, un messie soit-il, dès qu’il aura franchi le seuil du palais, comme par magie, peut être la source de notre bonheur commun. Cependant, loin de nous l’idée de minimiser, voire de réduire à sa plus simple expression, l’impact que pourrait avoir un locataire du palais Roume dans la recherche du progrès au Sénégal.

En effet, avoir un président incarnant un leadership fort, soucieux, avant et par-dessus tout, de l’intérêt supérieur de la Nation, a son pesant d’or dans notre quête pérenne du développement. L’architecture institutionnelle découlant du régime politique qu’il est convenu d’adopter dans notre pays, a pour conséquence le fait de générer un Président de la République très fort. D’aucuns considèrent même, que les séquelles d’une société, jadis, autocratique, s’aperçoivent au mieux à travers les pouvoirs du président du Sénégal. Partant de ce constat ce dernier peut accélérer la cadence de la course vers un mieux-être au Sénégal. Entendons-nous bien, il s’agit ici d’accélérer la cadence, pas d’amorcer la course.  Cette sorte d’hégémonie du chef de l’Etat peut donc faire bouger les lignes à travers les différents maillons de la chaîne que constitue le développement. Mais, de ces derniers, un, sans doute, du lot des plus importants, va ici attirer notre attention : il s’agit de la gouvernance de nos maigres ressources financières.

En effet, pour un pays comme le Sénégal, qui, à l’image des vingt-cinq pays les plus pauvres au monde, souffre de déficits budgétaires chroniques, une gestion saine et transparente des deniers publics devrait être érigée au rang de principe sacro-saint et immuable de la République. Ceci passerait par une obligation de reddition systématique des comptes publics principe opposable à toute personne chargée de la gestion et/ou de l’utilisation de l’argent des Sénégalais. Cette pratique aurait ainsi comme conséquence majeure, la mise en place d’un système opérationnel de sanction de toute malversation dûment constatée en l’espèce. Dans le contexte sénégalais, le président de la République a le loisir de décider de faire suivre ou non d’effets, les rapports des corps de contrôle chargés justement de veiller à la bonne utilisation des deniers publics. Partant de ce constat, un chef de l’exécutif préoccupé fondamentalement par le bien-être de tous les Sénégalais, donc préposé à ne protéger personne en situation d’infraction, déploierait tous les efforts possibles pour que cette reddition des comptes atteigne l’objectif à elle assigné. Les pires entraves au développement socio-économique seraient ainsi réduites à néant par la grâce du président de tous les Sénégalais. On suggère ici les pratiques comme la corruption, la concussion, la gabegie financière etc. Cet argent qui, autrefois profitait à certains individus véreux, pourrait être mis à contribution dans l’éternel combat pour l’allégement, voire la suppression des souffrances des sénégalais.

Ô peuple sénégalais, est-tu prêt à jouer le rôle qui est sien dans notre quête du développement ?

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